FACT-B : Impact du changement climatique sur les vignes, une rencontre franco-canado-américain à San Francisco

Le 26 mai 2022 s’est tenu une table ronde dédiée à l’impact du changement climatique sur les vignobles et la viticulture, organisée par le Consulat général dans le cadre du French Ameri-Can Climate Talk on Biodiversity (FACT-B).

French Ameri-Can Climate Talk on Biodiversity (FACT-B) :

Impact du changement climatique sur les vignes

Les effets du changement climatique sur la croissance de la vigne sont multiples : gelées tardives, étés pluvieux ou périodes de sécheresse intense, destruction par les feux de forêt et impact des fumées sur la grappe, stress hydrique, etc.

L’objectif de la discussion organisé par le Service pour la Science et la technologie de San Francisco était de mettre en lien des acteurs importants de la scène de la viticulture, d’exposer et de confronter les points de vue et d’apporter ensemble des éléments de réponse pour trouver des solutions collectives aux défis posés par l’urgence climatique.

Après une introduction par le Consul général Frédéric Jung, les intervenants présent ont fait part de leurs constats et des solutions pouvant répondre aux défis climatiques qui affectent les vignobles du Nord-Ouest américain, avec notamment l’exemple de la Napa Valley en Californie. 

Intervenants :

  • Nathalie Delattre, Sénatrice et viticultrice ;
  • Pierre-Louis Teissedre, professeur d’œnologie à l’Université de Bordeaux ;
  • Megan Bartlett, assistant professor au département de viticulture et d’œnologie de UC Davis ;
  • Guillaume Eicholz, directeur du vignoble Dominus ;

Modérateur :

  • Carl Steefel, directeur du département de géochimie du Berkeley Lab

Cas de la Napa Valley en Californie

En amont de la table ronde, Nathalie Delattre et Pierre-Louis Teissedre ont eu l’opportunité de visiter le vignoble Dominus, avec Guillaume Eicholz, ainsi que le domaine Chandon, avec son directeur général Stéphane de Meurville.

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Le constat qui a été immédiatement dépeint par les intervenants est alarmant : la sénatrice Nathalie Delattre rappelait que le rapport du GIEC estimait une hausse de température de 2°C à 5°C pour le siècle à venir et qu’aujourd’hui la période de récolte est déjà précoce de deux à trois semaines. Le Consul général Frédérique Jung exposait dans son discours d’introduction les dégâts ravageurs sur les vignobles californiens des wildfires.

 

Problématiques

Les problématiques posées par le changement climatique sur le domaine de la viticulture sont nombreuses et se confrontent parfois à des problématiques d’autres domaines, comme l’a pu l’être celle du glyphosate ayant amené par la législation les viticulteurs à changer leurs méthodes de travail. L’économie de l’eau interdit, par ailleurs, aux viticulteurs d’irriguer leurs vignobles sauf l’année de plantation.

Le réchauffement climatique vient alors ajouter son lot d’incertitudes. Une démonstration des différents intervenants ont mis en exergue que les effets du réchauffement climatique sont déjà palpables et ne feront que s’accentuer. Le professeur Pierre-Louis Teissedre a montré que des facteurs clés de viticulture sont modifiés à grande vitesse dans le Languedoc par exemple où le pH et le taux d’alcool ne fait qu’augmenter alors que l’acidité totale décroît. La biologiste Megan Bartlett montrait que du côté californien, les fumées des incendies font de grands dommages en contaminant la peau des raisins, notamment pour les vins rouges qui font fermenter le vin en contact de cette même peau. D’un point de vue global, les vagues de chaleurs, de plus en plus importantes, produisent des conditions de production suboptimales pour la qualité des vins de la région californienne.

Les pertes de régions propices à la production sont énormes et touchent les pays de différentes manières ; les plus touchés sont en Europe l’Espagne et l’Italie qui perdraient respectivement 60% et 59% de leurs domaines de production. À titre d’exemple, la sénatrice Nathalie Delattre a rappelé qu’une loi française a été votée pour indemniser les viticulteurs si ceux-ci perdaient plus de 50% de leurs récoltes.

 

Solutions

La table ronde a mis en évidence deux pensées différentes, française et américaine, pour combattre les défis amenés par le réchauffement climatique.

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Le point de vue français est celui de l’adaptation naturelle des vignobles, résumée par l’expression du viticulteur Guillaume Eichloz : « Sustainability and quality are directly linked » (« La durabilité et la qualité sont directement liées »). L’effort est porté sur le métissage en mettant à profit les capacités de résistance et de résilience des plants. Les viticulteurs explorent ou réexplorent des variétés de raisins, comme avec le ResDur Program d’INRAE, utilisent des techniques de production alternatives et étudient les possibilités de relocalisation des vignobles.

Le point de vue américain est celui porté vers l’innovation et l’utilisation de technologies. Ainsi on observe le développement et l’utilisation des OGM, c’est-à-dire de variétés de raisins génétiquement modifiés, par exemple en modifiant des gènes de résistance à la chaleur. Le projet OpenET a été cité comme projet pouvant être servi par les viticulteurs, celui-ci ayant pour objectif de cartographier les usages en eau par image satellite, mettant en jeu de nombreux partenaires.

La confrontation des points de vue français et américain montre les fruits de telles tables rondes qui ouvrent les acteurs à d’autres idées et à d’autres méthodes. En cherchant de la complémentarité dans ces dernières, on obtiendrait des productions se rapprochant de l’optimalité, avec le sceau de collaborations entre acteurs des deux pays.

Rédaction

François Moreau, stagiaire pour la Science et la Technologie, San Francisco

Héloïse Pajot, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, San Francisco

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