La science remise sur le devant de la scène avec l’arrivée de Joe Biden au pouvoir

#Scienceisback ! la science revient au plus haut niveau de l’administration Biden/Harris.

(Photo : Capitole, Washinton D.C. – Céline Duclos)

Joe Biden, nouveau président des Etats-Unis, affiche une vision résolument optimiste du progrès poussé par la science. Depuis son élection le 7 novembre 2020, il a affirmé à plusieurs reprises que la science figurerait au premier plan de son administration.

Signe de cet engagement, il a constitué en amont de son investiture officielle le 21 janvier 2021, une équipe de transition parmi laquelle figurent un certain nombre de scientifiques et depuis, nommé plusieurs scientifiques à des postes clés ou en charge de constituer des task forces dédiées – par exemple, sur les problématiques Covid-19 ou climat.

La réaction de la communauté scientifique s’est notamment traduite sur les réseaux sociaux par de nombreux messages de soulagement, de soutien, d’espoir, et l’apparition d’un hashtag  #Scienceisback !

Parmi les nominations déjà effectuées, mentionnons des chercheurs réputés des universités les plus prestigieuses des États-Unis, dont :

    1. White House Office of Science and Technology Policy (OSTP) / Cabinet présidentiel

Conseiller Scientifique et directeur de l’OSTP  : Eric Lander, artisan du Human Genome Project et directeur fondateur du Broad Institute de Harvard et MIT.

Joe Biden a annoncé vendredi 15 janvier la nomination d’Eric Lander, un généticien hors pair, comme futur Conseiller Scientifique et directeur du White House Office of Science and Technology Policy (OSTP), le service de la Maison Blanche qui coordonne généralement la politique et les priorités scientifiques des agences fédérales.

Eric Lander a été de 1990 à 2003 l’un des principaux artisans du projet de séquençage du génome humain. Il a reçu de nombreux prix dont une bourse Genius MacArthur, un Breakthrough Prize en sciences de la vie ou le Albany Prize en médecine et en recherche biologique. Il est depuis 2004 le président et directeur fondateur du Broad Institute du MIT et de Harvard, dont il a fait un centre scientifique de pointe dans la recherche en génomique, et qui abrite notamment le laboratoire de Feng Zhang, l’un de ses chercheurs les plus connus, dont les travaux portent sur les technologies d’édition du génome CrispR-Cas9. Affilié à Harvard et au MIT mais indépendant, le Broad Institute est devenu l’un des centres de référence, notamment sur l’utilisation quantitative des données et la recherche interdisciplinaire.  Il a coprésidé entre 2009 et 2017, pendant les deux mandats du président Barack Obama le President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST) au cours desquels il a contribué à des rapports traitant des pandémies, de la vaccination, de l’énergie et du changement climatique. Eric Lander soutient que les investissements publics très importants dans le domaine de la recherche alimentent la croissance économique de la nation, arguant par exemple que les investissements du Department of Energy et du NIH dans le Human Genome Project ont conduit à une activité économique estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, soit 1$ de fonds fédéraux investi rapportant 65$ pour l’économie américaine.

Signe de l’importance de la science dans le gouvernement Biden/Harris, le directeur de l’OSTP acquière un statut de membre du Cabinet présidentiel.

Directrice adjointe pour la science et la société: Alondra Nelson, présidente du Social Science Research Council[1] et professeure de sociologie à Institute for Advanced Study Princeton.

La sociologue Alondra Nelson, professeure à l’Université de Princeton, est nommée directrice adjointe pour la science et la société de l’OSTP. Elle s’intéresse aux inégalités raciales et a publié un livre en 2016, dans lequel elle étudie l’impact sur la perpétuation des inégalités raciales des tests génétiques disponible en accès directs[2]. Elle est par ailleurs l’ancienne doyenne des sciences sociales de l’Université de Columbia où elle dirigeait un institut de recherche sur les femmes, le genre et la sexualité. Cette nomination reflète la prise de position marquée de Joe Biden et Kamala Harris, vice-présidente des États-Unis, sur les questions globales d’inclusion et d’égalité. Elle est aussi la marque d’une prise en compte de l’importance des Sciences Humaines et Sociales (SHS) dans un contexte où la confiance dans les scientifiques est affaiblie par des années de fake news (sharpiegate, covid19, climat, pollution, environnement etc…)

Les grandes lignes directrices de l’OSTP

Joe Biden a précisé dans une lettre de mission les premières grandes lignes directrices auxquelles l’OSTP devra s’attaquer : redynamiser la stratégie nationale en matière de science et de technologie, lutter contre les menaces de santé publique, identifier les avancées technologiques nécessaires à la lutte contre le changement climatique, rester leader en termes d’innovations, faire que la science profite à tous les américains :

  • First, the pandemic and what can we learn about what is possible,  or what should be possible, to address the widest range of our public health needs?
  • Second, the economy, and how can we build back better to ensure prosperity is fully shared across America and among all Americans?
  • Third, how can science help us confront the climate crisis with American jobs and ingenuity?
  • Fourth, how can we ensure the United States leads the world in the technologies and industries of the future that will be critical to our economic prosperity and national security, especially as we compete with China and other nations?
  • And fifth, how can we ensure the long-term health and trust in science and technology in our nation?

    2. President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST)

Alors que sous Donald Trump, le President’s Council of Advisors on Science and Technology était dominé par des représentants industriels, Joe Biden a nommé à la tête du PCAST deux chercheuses réputées, professeures respectivement de Caltech et du MIT :

Frances Arnold, bio-ingénieure, chimiste, lauréate du prix Nobel de chimie et directrice du centre de bio-ingénierie Rosen de l’Institut de technologie de Californie.

Maria Zuber, géophysicienne, première femme à diriger une mission de la NASA, vice présidente recherche du MIT, et récipiendaire de nombreux prix dont de la NASA.

En 2004, elle avait été nommée par George W. Bush à la commission d’implémentation des politiques spatiales (Presidential Commission on the Implementation of United States Space Exploration Policy). En 2013, elle avait été nommée à la National Science Board (l’organe qui établit les politiques de la National Science Foundation) avant d’être reconduite dans ses fonctions par Donal Trump en 2018.

Parmi les sujets que PCAST compte aborder : restaurer la confiance en la science très affectée avec la pandémie, lutter contre le contre le changement climatique en assurant la transition vers un système énergétique sans carbone tout en créant les emplois « bien rémunérés de l’avenir», qui correspondent probablement, dans l’esprit des membres de la PCAST, à des emplois dans le secteur de l’ingénierie[3]

    3. Climat : Création du White House Office of Climate Policy et nomination d’un Envoyé spécial pour le climat

Gina McCarthy : Citant la nécessité d’une réponse nationale unifiée face à l’importance de la crise climatique, Joe Biden a créé au sein de la Maison Blanche un nouveau service dédié au climat, White House Office of Climate Policy , qui sera dirigé par l’ancienne administratrice de l’EPA sous Barack Obama et professeure de Harvard, Gina McCarthy[4]. Parmi les premières actions du gouvernement Biden/Harris dont s’empare ce nouveau service : rejoindre les accords de Paris sur le climat – dont les Etats-Unis s’étaient retirés sous la présidence Trump-, suspendre le projet de pipeline Keystone XL, établir un moratoire sur les forages dans les zones de refuge (Arctic National Wildlife Refuge), revoir la règlementation sur les émissions de CO2 par les véhicules etc…

John F. Kerry D’autre part, il a nommé l’ancien secrétaire d’état John F. Kerry en tant qu’envoyé spécial pour le climat. John Kerry va être immédiatement mis à contribution au niveau international avec d’une part la préparation de la participation des Etats-Unis à la COP26 qui aura lieu au dernier trimestre de l’année, d’autre part les négociations avec le Canada à propos de Keystone XL[5].

    4. Mission Covid Response

David Kessler, ancien commissaire de la FDA dans les années 1990, devient Chief scientific officer de la mission Réponse Covid. Il dirigera en remplacement de Moncef Slaoui l’opération Warp Speed qui change de nom. La stratégie nationale de réponse au Covid-19 publiée le 22 janvier[6] est principalement focalisée sur la mise en place de la campagne vaccinale (restauration de la confiance des américains, réduction de l’épidémie, utilisation d’un dispositif prioritaire pour la production (Defense Production Act), réouverture, protection des individus à risques, équité, et leadership américain dans la lutte contre les menaces futures)

    5. National Institutes for Health / Centers for Disease Control and Prevention

NIH / Francis Collins restera à la tête du NIH qu’il dirige depuis sa nomination en 2009 par le président Barack Obama, assurant notamment la continuité des recherches contre le Covid.

CDC / Rochelle Walensky est nommée à la tête des Centers for Disease Control and Prevention (CDC)[7]. Professeure de médecine à la Harvard Medical School, elle dirigeait jusqu’à présent l’unité des maladies infectieuses au Massachusetts General Hospital. Elle est reconnue au niveau international pour ses travaux visant à améliorer le dépistage et le traitement du VIH en Afrique du Sud. Elle a été présidente de l’Office of AIDS Research Advisory Council au National Institutes of Health, présidente élue du HIV Medical Association, et a précédemment été conseillère auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé et du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida.

    6. Les autres scientifiques de la Transition team

David Reidmiller a été nommé au sein de l’équipe Politique scientifique et technologique de la Transition Team.[8] Il est le directeur du centre climatique interdisciplinaire du GMRI (Gulf of Maine Research Institute) après avoir été directeur par intérim des Climate Adaptation Science Centers (CASC) du nord-est et du sud-est avec l’US. Geological Survey, plus grande agence de cartographie civile et de sciences de l’eau, de la terre et de la biologie du pays. Il a supervisé un partenariat unique entre le gouvernement fédéral et des consortiums universitaires pour faire progresser et fournir des données scientifiques destinées à permettre l’adaptation au changement climatique des poissons, de la faune, l’habitat et des populations.

David Reidmiller a dirigé pendant cinq ans sous l’administration Obama, l’engagement des États-Unis au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et a été le principal négociateur américain en matière de science et de technologie pour l’Accord de Paris (dont ont été célébré les 5 ans ce mois-ci).[9]

Jedidah Isler a été nommée au sein de l’équipe NASA de la Transition Team.[10] Elle est professeure adjointe d’astrophysique au Dartmouth College où elle étudie les trous noirs hyperactifs et supermassifs. En 2014, elle est devenue la première Afro-Américaine à recevoir son doctorat en astrophysique de l’université de Yale. Ses recherches innovantes et primées ont été soutenues par des bourses de la NSF, de la NASA et de la Fondation Ford. Jedidah Isler est une fervente défenseure de l’inclusion dans les domaines des STEM (Science, Technology, Engineering, and Mathematics). Son organisation à but non lucratif, The STEM en Route to Change (SeRCH) Foundation, Inc. se consacre à l’utilisation des STEM comme voie de justice sociale et a développé une variété d’initiatives dont la plateforme en ligne #VanguardSTEM et une série de sites web. Ses activités de défense des intérêts et ses recherches lui ont valu d’être reconnue par la National Academy of Science en tant que Kavli Frontiers of Science Fellow (2015), par le National Geographic Emerging Explorer (2016) et par le magazine The Root comme l’une des 100 Afro-Américains les plus influentes (2016).[11]

 

Rédactrices :

Anne Puech, Attachée pour la Science et la Technologie à Boston. attache-inno at ambascience-usa.org

Céline Duclos, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie à Boston. deputy-inno at ambascience-usa.org

[1] https://www.ssrc.org/

[2] https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160909.OBS7802/adn-les-noirs-americains-a-la-recherche-de-leurs-genes-africains.html

[3] https://kneb.com/abc_politics/trumpbiden-transition-live-updates-memo-lays-out-priorities-for-bidens-1st-10-days-abcid36338697/

[4] https://www.eenews.net/stories/1063722955

[5] https://www.theguardian.com/us-news/2021/jan/21/john-kerry-climate-crisis-joe-biden-envoy

[6] https://www.nytimes.com/2021/01/21/us/politics/biden-coronavirus-response.html

[7] https://www.npr.org/sections/biden-transition-updates/2020/12/07/943871894/biden-names-massachusetts-doctor-to-lead-cdc

[8] https://buildbackbetter.gov/the-transition/agency-review-teams/

[9] https://www.gmri.org/our-approach/staff/david-reidmiller/

[10] https://buildbackbetter.gov/the-transition/agency-review-teams/

[11] http://jedidahislerphd.com/about/#:~:text=Dr.,nearly%20the%20speed%20of%20light.

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