Synthèse de la 7ème Réunion du National Space Council

Contexte

Le 19 mai 2020, le National Space Council (NSpC), présidé par le Vice-Président des États-Unis, Mike Pence, a tenu sa septième réunion depuis la réhabilitation de ce conseil par le Président Donald Trump en 2017.

La réunion devait se tenir initialement le 24 mars 2020 au NASA Glenn Research Center à Cleveland (Ohio) puis à l’Eisenhower Executive Office Building à Washington (District of Columbia). Reportée pour cause de crise sanitaire liée au Covid-19, elle a finalement eu lieu au siège de la NASA à Washington (District of Columbia).

La réunion a été l’occasion pour le NSpC de faire le point sur les avancées réalisées dans la mise en œuvre des quatre Space Policy Directives (SPD) promulguées par le Président Donald Trump entre 2017 et 2019.

Compte-tenu des mesures sanitaires en vigueur, la réunion n’était pas ouverte au public (contrairement aux éditions précédentes) mais retransmise sur la chaîne de la NASA. Quelques journalistes présents ont assisté aux remarques introductives du Vice-Président Mike Pence puis ont été invités à quitter la salle.

Participants

Membres du conseil présents au siège de la NASA à Washington (District of Columbia)

  • Mike Pence, Vice-Président des États-Unis d’Amérique
  • Général John Hyten, Vice-Chef d’État-Major des Armées
  • Wilbur Ross, Secrétaire au Commerce
  • Elaine Chao, Secrétaire au Transport
  • Dan Brouillette, Secrétaire à l’Énergie
  • David Norquist, Secrétaire à la Défense adjoint
  • Stephen Biegun, Secrétaire d’État adjoint
  • Richard Grenell, Directeur du Renseignement National par intérim (remplacé par John Ratcliffe comme titulaire du poste le 26 mai 2020) et Ambassadeur des États-Unis en Allemagne
  • Russell Vought, Directeur du Bureau de la Gestion et du Budget (Office of Management and Budget)
  • Scott Pace, Secrétaire Exécutif du National Space Council
  • Brooke Rollins, Assistante du Président et Directrice du Domestic Policy Council par intérim (a remplacé Joe Grogan après sa démission le 24 mai 2020)

Membres du conseil présents depuis le Johnson Space Center à Houston (Texas)

  • Jim Bridenstine, Administrateur de la NASA

Invités présents depuis le Johnson Space Center à Houston (Texas)

  • Doug « Chunky » Hurley, astronaute de la NASA depuis 2000, Colonel de l’U.S. Marine Corps, ingénieur, Spacecraft Commander pour la mission SpX-DM2 (responsable pour le lancement, l’atterrissage et la récupération), 2 vols à son actif (STS-127 et 135, le dernier vol de la Navette spatiale sur lequel il était pilote)
  • Robert « Bob » Behnken, astronaute de la NASA depuis 2000, Colonel de l’U.S. Air Force, ingénieur d’essai, Joint Operations Commander pour la mission SpX-DM2 (responsable de l’amarrage, du rendez-vous et du désamarrage), 2 vols à son actif (STS-123 et 130).

À noter que Doug Hurley et Robert Behnken se sont envolés pour le Kennedy Space Center le lendemain de la réunion en vue de leur lancement le 27 mai 2020 à bord du Falcon de SpaceX pour la mission Demo-2 (tir reporté au samedi 30 mai 2020).

   

Remarques introductives de Mike Pence, Vice-Président des États-Unis

Dans son discours d’ouverture, le Vice-Président Mike Pence s’est directement projeté sur le lancement des deux « American astronauts on an American rocket from the American soil to space ». Il a ensuite rappelé son déplacement à l’Air Force Academy à Colorado Springs (Colorado) le 18 avril 2020 pour assister à la cérémonie de diplôme de la première promotion de 86 officiers de l’U.S. Space Force.

Il a insisté sur le fait que ces évènements étaient d’une importance majeure pour les États-Unis, estimant qu’ils représentent des signes d’espoir dans le contexte difficile de la crise liée au Covid-19 et qu’ils permettent d’affirmer le leadership américain dans l’espace, que ce soit pour la sécurité ou pour l’indépendance des États-Unis. Évoquant une aube nouvelle, le Vice-Président Mike Pence a souhaité que les États-Unis soient de la même manière les leaders du « free world ».

Enfin, il a conclu son discours en remerciant les nouveaux membres du NSpC présents : le Secrétaire à l’Énergie, le Directeur du Renseignement National par intérim, et l’Assistante du Président et Directrice du Domestic Policy Council par intérim.

Intervention de Jim Bridenstine, Administrateur de la NASA

Jim Bridenstine a tout d’abord déclaré que tout était en ordre pour la mission SpX-DM2 et que les deux astronautes avaient été testés négatifs au Covid-19. Évoquant le décès d’Annie Glenn (femme de John Glenn, premier Américain à être en orbite autour de la Terre) le jour même, Jim Bridenstine en a profité pour évoquer l’histoire de la NASA et avancer que la mission SpX-DM2 était le fruit du travail de nombreuses générations.

Par la suite, il a déclaré que la NASA avait fait de grands progrès sur l’objectif fixé par le Président Donald Trump de retour sur la Lune à l’horizon 2024. Reconnaissant que le développement du Space Launch System (SLS) avait subi des coûts et des délais supplémentaires, il a souligné que la capsule Orion était actuellement au Kennedy Space Center (Floride) pour sa campagne de préparation au lancement prévue en 2021. En parallèle, le corps central du SLS est assemblé avec les quatre moteurs RS-25 intégrés au Stennis Space Center (Mississippi), en préparation pour le « Green Run » (test de mise à feu statique) prévu d’ici cet automne. Il a également avancé que la NASA comptait placer une capsule habitée autour de la Lune en 2021, sans toutefois en dire davantage.

Jim Bridenstine a ensuite évoqué le Lunar Gateway, station orbitale lunaire permettant d’assurer une présence durable sur ou autour de la Lune. Il a annoncé que le Gateway et les alunisseurs seraient assemblés rapidement dans le but de placer cet avant-poste dans l’orbite de la Lune d’ici 2023. Il a rappelé que le Gateway était un projet international avec les partenaires historiques : Europe (ESA), Canada (CSA) et Japon (JAXA).

Enfin, Jim Bridenstine a fait état que le pas de tir du SLS, le LC-39 situé au Kennedy Space Center (Floride) et utilisé auparavant par le programme des Navettes spatiales, était prêt, tout comme les combinaisons pour les sorties extravéhiculaires, même s’il reste quelques problèmes thermiques à résoudre. Il a terminé son discours en introduisant les deux astronautes de la mission SpX-DM2 en duplex du Johnson Space Center de Houston (Texas).

NdR : À noter que la démission la veille de Doug Loverro, Administrateur associé de la NASA pour les vols spatiaux habités, n’a pas été abordée. Ce département de la NASA, qui chapeaute notamment les vols commerciaux habités et le programme Artemis, est de nouveau dirigé par intérim par Ken Bowersox. Ce dernier avait déjà occupé le même poste par intérim du 10 juillet au 16 octobre 2019 après la nomination de William Gerstenmaier comme Conseiller Spatial auprès de l’Administrateur adjoint Jim Morhard.

Points saillants de la 7ème Réunion du National Space Council

Mission Démo-2 de SpaceX (SpX-DM2)

Tous les membres du NSpC, en particulier le Vice-Président Mike Pence et l’Administrateur de la NASA Jim Bridenstine, ont insisté sur l’importance de cette mission. Bien que Mike Pence ait indiqué qu’il serait présent au lancement en compagnie du Président Trump, il a cependant invité les Américains à regarder le tir de chez eux au regard des règles sanitaires actuellement en vigueur.

À de nombreuses reprises pendant la réunion, Mike Pence a félicité les deux astronautes pour leur courage au nom de D.Trump et de son Cabinet, les qualifiant de « true trail blazers of a new era ».

Répondant à une question de Mike Pence, Bob Behnken a déclaré qu’il y avait une différence entre l’entraînement pour la Navette spatiale et celui pour le Crew Dragon :  le premier, qui était récurrent, était réglé comme du papier à musique pendant un an et demi tandis que le second, qui est complètement nouveau, avait été en constante adaptation et évolution pendant les années de préparation.

Réorganisation des agences du Département des Transports et nouvelle réglementation

Elaine Chao, Secrétaire au Transport, a fait état des avancées de son Département au cours des derniers mois. Afin d’assurer la viabilité de l’industrie commerciale spatiale américaine en pleine croissance, son administration a modifié son organisation et ses procédures :

  • Création de l’Office of Spaceports au sein de la Federal Aviation Administration (FAA), afin de soutenir les bases de lancement existantes et mieux gérer l’octroi de permis de nouvelles bases de lancement. On compte déjà 12 bases de lancement sur le sol américain, la dernière qualifiée étant le Space Coast Regional Airport à Titusville (Floride) tandis que l’Office of Spaceports étudie actuellement 9 candidatures supplémentaires.
  • Réorganisation du bureau de la FAAavec la mise en place d’un guichet unique en rassemblant sous une seule et même autorité la responsabilité de toutes les accréditations pour les lancements et les rentrées atmosphériques. Cette réorganisation permettra d’améliorer la communication avec tous les acteurs impliqués dans les processus et d’assurer une meilleure comptabilité.
  • Revue de tous les processus internes du Département des Transports pour augmenter leur efficacité et leur flexibilité.

Conformément à la demande du Président Trump et du Vice-Président Pence, le Département des Transports a publié un avis de règlement afin de rationaliser et de rendre plus souple les exigences réglementaires de lancements et de rentrées atmosphériques des vaisseaux spatiaux. Selon Elaine Chao, ces règles devraient apporter un meilleur rendement tout en maintenant l’innovation, en renforcent la collaboration entre toutes les parties et en encourageant la création d’un système durable. À terme, un seul permis devrait permettre d’accorder des lancements multiples depuis différente bases aux États-Unis. Elaine Chao voudrait proposer ces règles au début de l’automne si « tout le monde autour de la table coopère », sans préciser si ce commentaire s’adressait à quelqu’un en particulier.

Avancées des dossiers du Département du Commerce

Wilbur Ross, Secrétaire au Commerce, a indiqué que son département continuait de mettre en place les Space Policy Directive 2 et 3 (SPD-2 et 3), notamment sous deux actions :

  • La publication par son administration le matin même de la réunion des nouvelles règles de télédétection afin de s’assurer que les industriels américains restent compétitifs dans le marché à forte croissance des satellites commerciaux de télédétection (mise en application prévue le 20 juillet 2020).
  • Le lancement imminent en architecture ouverte du référentiel de données de l’Office of Space Commerce afin de consolider les données actuelles et futures pour la Space Situational Awareness (SSA).

En répondant à un commentaire de Mike Pence, qui assurait que le gouvernement fédéral ne serait pas un compétiteur de l’industrie spatiale américaine mais un partenaire voire un client, Wilbur Ross a renchéri en avançant que le DoC avait divisé par deux le temps de délivrance des permis, le faisant passer à 60 jours.

Réorganisation du Département de l’Énergie

Dan Brouillette, Secrétaire à l’Énergie, fait son entrée au NSpC. Il a fait deux annonces principales concernant une réorganisation de son Département permettant de prendre en compte les problématiques spatiales :

  • La création d’un groupe de coordination de haut niveau dédié à l’implémentation des SPD au sein du Département de l’Énergie et qui reporte directement à sa « policy team».
  • La demande faite au Secretary of lancey Advisory Board (SEAB), afin de rendre des avis et consolider des orientations stratégiques pour les programmes liés au domaine spatial. À noter que ce conseil est notamment coprésidé par l’Amiral Richard Mies (ancien commandant de l’S. Strategic Command) et compte dans ses rangs Norman Augustine (ancien Président et Directeur Général de Lockheed Martin Corporation).

Il a ensuite souligné les coopérations avec les autres institutions fédérales en matière d’Energie.

Tout d’abord, Dan Brouillette a présenté les axes de coopération avec la NASA. Il a affirmé que ses équipes étaient en contact régulier avec leurs homologues de la NASA afin de consolider les orientations et coordonner les activités en fonction des besoins des programmes spatiaux pour les missions vers la Lune et Mars. Les deux entités ont revitalisé un mémorandum sur la coopération mettant en place un « senior working group » dont la mission sera de résoudre conjointement les obstacles techniques d’un point de vue énergétique que la NASA a identifiés.

En particulier, Dan Brouillette a gagé qu’un des besoins fondamentaux pour n’importe quelle mission spatiale était une source d’énergie fiable et durable. Les solutions doivent venir de son Département, qui travaille déjà avec le secteur privé, le Département de la Défense et la NASA pour promouvoir le développement et le déploiement de Small Modular Reactors (SMRs) et de microréacteurs. Ces technologies pourraient être adaptées afin d’alimenter des bases en surface et des moteurs à propulsion nucléaire thermique. Le trajet vers Mars serait ainsi divisé par deux : « our goal is to get to mars and back on one tank of gas »

Ensuite, Dan Brouillette a déclaré que ses équipes avaient lancé une série de briefings avec des officiels du Département de la Défense sur les contributions que le Département à l’Énergie pourrait apporter à l’U.S. Space Force. Il a rappelé que la National Nuclear Security Administration de son Département fournissait au Département de la Défense, la NASA et la NOAA des données météorologiques collectées par des charges utiles en orbite développées par le Département de l’Énergie et dont la mission est de traquer les explosions nucléaires. Dan Brouillette a affirmé souhaiter approfondir la coopération avec l’U.S. Space Force en identifiant les capacités techniques du département qui pourraient supporter ses missions.

Enfin, Dan Brouillette a évoqué la coopération avec le Département du Commerce dans le cadre de la commercialisation de l’Espace en mettant à disposition les nouvelles technologies de calcul (ordinateurs quantiques et intelligence artificielle) permettant de protéger les partenaires du Département du Commerce des événements de météorologie spatiale et des débris.

Par la suite, Dan Brouillette a mentionné que les 17 laboratoires nationaux du Département de l’Énergie travaillaient actuellement sur un éventail de recherches en lien avec l’espace, et que l’Office of Technology Transitions avait établi un portail sur son Lab Partnering Service  sur lequel les informations sur leurs travaux sont rendues disponibles au public (véhicules de lancement, robotique, propulsion, etc.).

Avancées des dossiers du Département de la Défense

David Norquist, Secrétaire adjoint à la Défense, a déclaré que 50 pays et organisations multinationales opèrent actuellement dans l’espace, parmi lesquels des adversaires des États-Unis qui auraient militarisé ce milieu ces dernières années. De ce fait, David Norquist a rappelé que :

  • Les États-Unis considèrent l’espace comme un « warfighting domain » et veulent y établir une présence permanente en développant rapidement une doctrine et des capacités spatiales.
  • 16 000 personnels ont été assignés à l’U.S. Space Force et 1 000 candidatures ont été reçues pour une intégration à la nouvelle branche armée.
  • Le staff initial de l’U.S. Space Force est composé de personnels de l’U.S. Air Force, de l’U.S. Army, de l’U.S. Navy et de l’U.S. Marine Corps.
  • 86 diplômés de l’S. Air Force Academy ont rejoint les rangs de l’U.S. Space Force.
  • L’U.S. Space Forceprépare sa première « capstone publication on space power doctrine ».
  • L’U.S. Space Command a fini de compléter les plans de campagne pour gagner face à « n’importe quel adversaire ».
  • La première requête budgétaire pour l’année fiscale 2021 de l’U.S. Space Force s’établit à 15,4 Md$.
  • Le Space Advisory Committee a été créé.
  • La première priorité du DoD est l’exécution des missions.

David Norquist a conclu en affirmant vouloir faire prendre conscience au public et aux partenaires internationaux du caractère changeant du domaine spatial. Avec le risque élevé d’erreur de calcul et la perception inexacte des trajectoires, il a estimé qu’il devenait critique de créer des standards et des normes en s’inspirant des règles maritimes internationales. Pour ce faire, il a assuré que ses équipes travaillaient avec le Département d’État, les partenaires internationaux et les alliés pour rendre le domaine spatial sécurisé, stable et prospère.

À noter que Mike Pence a présenté ses condoléances à la famille et aux proches du Colonel Thomas Falzarano, Commandant de la 21th Space Wing et artisan de la création de l’USSF, décédé le 13 mai.

Autres Interventions

Richard Grenell, Directeur du Renseignement National par intérim, a estimé que les directives du NSpC étaient absolument nécessaires au regard des renseignements récoltés chez les « ennemis » des États-Unis, non pas pour que les Américains soient les premiers dans le domaine spatial, mais pour qu’ils assurent la sécurité de leurs citoyens ainsi que celle de toutes les « freedom loving people around the world ».

Russell Vought, Directeur du Bureau de la Gestion et du Budget (Office of Management and Budget), a simplement déclaré que les relations de ses équipes avec celles de la NASA n’avaient jamais été aussi étroites, sans plus de précision.

Brooke Rollins, Assistante du Président et Directrice du Domestic Policy Council par intérim, a été présentée par le Vice-Président Mike Pence à la fin de la réunion, sans que cette dernière ne fasse de déclarations majeures.

Recommandations présentées lors du 7ème NSpC et transmises au Président Donald Trump

Aucune recommandation ni action n’a été présentée lors de cette réunion.

Il convient également de noter que cinq recommandations présentées lors du 6ème NSpC demandaient à ses membres de rendre des comptes, notamment dans les thématiques « Exploration et coopération internationale », « Secteur privé et tissu industriel » et « Procédures d’appels d’offres et effectifs de la NASA ». Aucune n’a été évoquée lors du 7ème NSpC.