Améliorer la résilience de la vigne avec Chloé Delmas, à la tête d’une paire de championnes INRAE-UC Davis

Améliorer la résilience de la vigne avec Chloé Delmas, à la tête d’une paire de championnes INRAE-UC Davis

Dans le cadre de la Journée Internationale des Femmes dans la science organisée par l’ONU le 11 février, l’antenne nord-américaine d’INRAE s’entretient avec des chercheuses françaises de l’Institut impliquées dans des collaborations avec les Etats-Unis. Ce témoignage a été récolté par Juliette Paemelaere, auprès de Chloé Delmas. Chloé est chercheuse INRAE, et travaille notamment avec l’Université de Californie à Davis et l’USDA ARS (United States Department of Agriculture – Agricultural Research Service). Sa collaboratrice rapprochée est Kendra Baumgartner, chercheuse à USDA-ARS en pathologie des plantes. Ce partenariat scientifique est appuyée par la Direction des Relations Internationales d’INRAE au travers d’un accord-cadre avec UC Davis signé en mai 2020, renforcé par la sélection de deux « paires de champions » ; Chloé et Kendra font partie de la première.

Chloé Delmas est chargée de recherche au sein de l’Unité Mixte de Recherche (UMR) SAVE (Santé et Agroécologie du vignoble), basée à Bordeaux en France. Cette Unité fait partie du département Santé des Plantes et Environnement.

Elle travaille sur la vulnérabilité des vignobles aux contraintes biotiques et abiotiques, et collabore avec une équipe scientifique de UC Davis sur la santé de la vigne. Leur projet de recherche a été retenu par INRAE pour l’intérêt stratégique du sujet et bénéficie d’un soutien institutionnel fort côté français comme américain.

 

Son C.V.

Chloé est originaire de Bordeaux, où elle a réalisé ses études supérieures en biologie et écologie des écosystèmes terrestres à l’Université de Bordeaux. Elle a terminé son cursus de Master par un stage de six mois à York University (Toronto) sur l’écologie des espèces invasives, avant de réaliser un doctorat à l’Université de Toulouse en écologie évolutive sur l’impact de la fragmentation des habitats sur les interactions plantes-pollinisateurs et le système de reproduction de Rhododendron ferrugineum, une espèce emblématique des Pyrénées. Après un premier séjour postdoctoral à Sydney en Australie pour étudier la diversité des traits liés à la reproduction des arbres de la forêt tropicale australienne, elle est rentrée à Bordeaux afin d’intégrer l’INRA en 2013 en post-doctorat.

 

Quel a été son parcours pour en arriver là ? Des modèles spécifiques l’ont-ils inspirée ?

 

Chloé dispose d’un parcours universitaire très généraliste en biologie et écologie végétale, et n’a abordé les questions de recherche liées au monde agricole que lors de son second post-doctorat puis dans le cadre de son recrutement en tant que chargée de recherche en 2017. Son intégration dans le monde de la recherche viticole a été motivée par la perspective de continuer son travail sur l’écologie évolutive des interactions biotiques (interactions plante-pathogène), dans un domaine de recherche avec une dimension appliquée importante et une demande sociétale forte, ce qui est pour elle extrêmement intéressant.

Elle se déclare très inspirée d’une manière générale par les personnes (hommes ou femmes) combinant vie de famille et carrière épanouissantes.

 

Existe-t-il des différences (d’organisation, de relations, de méthodologie) au niveau des milieux scientifiques français et américains, notamment entre INRAE et UC Davis ? Quelle est la valeur ajoutée d’un binôme international de recherche ?

 

Chloé déclare : « De mon point de vue, la valeur ajoutée d’un binôme international de recherche est immense, surtout en début de carrière. Les milieux scientifiques INRAE et UC Davis ont les mêmes motivations générales, mais chacun avec leurs spécificités bien sûr et nous aurons beaucoup à gagner à conduire des projets collaboratifs. Par exemple pour ce qui est de l’étude des maladies du bois de la vigne, nous avons chacun développé des projets mobilisant différents outils (différents types de plantes élevées en serre, différents outils d’analyse de l’interaction plante-pathogènes, etc.) et nous espérons grâce à ce partenariat croiser nos dispositifs. »

UC Davis est ainsi selon Chloé le partenaire idéal pour son projet collaboratif de par l’expertise de ses scientifiques, reconnue internationalement tant en physiologie et pathologie végétale qu’en viticulture. Les conditions climatiques contrastées entre les deux continents et la présence de pathologies de la vigne similaires leur permettent d’envisager de nombreuses actions de recherche complémentaires.

 

Dans quelles mesures la crise sanitaire actuelle a-t-elle impacté les recherches, et particulièrement les collaborations internationales ?

 

La crise sanitaire a repoussé l’obtention de certains résultats de recherche en cela qu’elle a poussé les chercheuses à annuler la saison 2020 d’expérimentations en serre et au vignoble. Cette crise est arrivée juste l’année où elles devaient lancer plus formellement la collaboration entre UC Davis et INRAE à travers des déplacements internationaux, qui n’ont malheureusement toujours pas pu avoir lieu. Chloé et Kendra gardent cependant le lien grâce aux outils numériques et avancent dans leur projet.

 

Quelles sont ses perspectives pour la suite (en termes de position, sujets de recherche, expérimentations) ?

 

Chloé souhaite simplement continuer à conduire des projets de recherche à la frontière entre science fondamentale et appliquée. Elle témoigne : « Je me plais beaucoup à évoluer sur des fronts de science et à étudier des hypothèses non testées à l’heure actuelle. Cela demande souvent de mobiliser des collaborations pluridisciplinaires, ce qui est très enrichissant. Le graal serait bien sûr de pouvoir apporter des éléments de compréhension permettant d’éclairer des stratégies de gestion des maladies de la vigne. »

 

Quel serait le conseil à donner aux jeunes doctorantes qui souhaitent se lancer dans la recherche dans les STEM ?

 

« Je leur conseillerai de persévérer et de toujours croire en leur capacité de mener à bien leur projet professionnel. Le travail reste la clé et il finit toujours par payer, surtout lorsque l’on trouve les sujets de recherche qui nous passionne. »

 

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