Synthèse de la 8ème Réunion du National Space Council

Résumé

Présidée par le Vice-Président des États-Unis Mike Pence, la 8ème réunion du National Space Council (NSpC) s’est tenue le mercredi 9 décembre 2020 au Kennedy Space Center (Floride). Elle a réuni une grande partie des Secrétaires d’États américains ou leurs représentants, confirmant la dimension stratégique et transverse du Spatial pour l’Exécutif sortant. Étaient ainsi représentés les Départements de la Défense, du Commerce, de l’Énergie, de la Sécurité Intérieure, tout comme la Communauté du Renseignement National, le Bureau de la Gestion et du Budget, le Conseil de Politique Intérieure, le Bureau de la Politique pour la Science et la Technologie, le Secrétaire exécutif du NSpC, et bien sûr la NASA. La réunion était focalisée sur les aspects stratégiques comme la défense, la souveraineté nationale, le commerce et l’exploration.

Dans ce qui semblait être la dernière réunion du NSpC sous l’autorité du Vice-Président Mike Pence, chaque entité a partagé comme à l’accoutumée ses développements depuis la dernière rencontre tenue 7 mois auparavant (le 19 mai 2020). Dan Brouillette, le Secrétaire à l’Énergie, a évoqué le rapprochement de ses services avec la NASA sur les sujets de production d’énergie et de propulsion via l’énergie nucléaire. Kelvin Droegemeier, Directeur de l’OSTP, a dévoilé la stratégie américaine pour pallier aux perturbations de la météorologie spatiale. John Ratcliffe, Directeur du Renseignement National, a annoncé l’intégration de l’U.S. Space Force (USSF) au sein de la Communauté du Renseignement et le rapprochement entre l’U.S. Space Command (USSPACECOM) et le National Reconnaissance Office (NRO). Dans son exposé sur l’avancement du programme Artemis, Jim Bridenstine, l’Administrateur de la NASA, a déclaré que le Human Landing System (HLS) était la seule pièce manquante pour permettre le retour d’astronautes américains sur la Lune en 2024. Enfin, il a conclu cette réunion en présentant les 18 premiers astronautes de la NASA de la « génération Artemis ».

1. Introduction

Le 9 décembre 2020, le National Space Council (NSpC), présidé par le Vice-Président des États-Unis Mike Pence, a tenu sa 8ème réunion depuis sa réhabilitation par le Président Donald Trump le 30 juin 2017 (rediffusion ici). Pour rappel, le NSpC réunit les différentes administrations américaines impliquées dans les affaires spatiales afin qu’elles échangent, coopèrent et agissent de concert pour la définition et l’implémentation de la stratégie spatiale américaine.

A noter que cette 8ème réunion s’est tenue – sans la présence du public en raison du contexte sanitaire – au sein de l’Apollo/Saturn V Center du Kennedy Space Center (KSC – Floride). Ce choix, hautement symbolique (la fusée Saturne V a été utilisée dans le cadre du programme Apollo dans l’héritage duquel s’inscrit le programme Artemis initiée sous l’administration Trump), donne d’ores et déjà la couleur de cette rencontre qui a été l’occasion de :

  • Revenir sur les avancées réalisées par la présente administration en matière spatiale depuis la dernière réunion du NSpC (chapitre 2)
  • Rendre un hommage appuyé à la politique spatiale de Donald Trump à l’approche du terme de son mandat et de la future transition politique (chapitre 3)

2. Avancées réalisées dans le domaine spatial par l’Administration sortante

La 8ème réunion du NSpC a avant tout permis à l’Exécutif de dresser un bilan des progrès réalisés dans le domaine spatial depuis la dernière rencontre et de mentionner les dernières actualités.

2.1. Interventions du Président du NSpC, Mike Pence, et du Secrétaire Exécutif du NSpC, Scott Pace

Le Vice-Président a dressé un bilan des progrès réalisés au cours des quatre années de la Présidence de Donald Trump dans le secteur spatial. Ces progrès sont incarnés par plusieurs décrets présidentiels qui se saisissent des différents défis et opportunités du secteur : cinq Space Policy Directives (SPD – ndlr : six depuis le 16 décembre 2020) et deux Executive Orders.

Au titre des nouveautés, Mike Pence a mentionné la promulgation par Donald Trump d’une nouvelle National Space Policy ce 9 décembre 2020. Ce document, publié par chaque Président depuis plusieurs décennies, fixe les grandes orientations du Président des États-Unis en matière spatiale. Selon Mike Pence, la nouvelle National Space Policy illustrerait l’engagement de l’administration dans la promotion du leadership américain dans l’Espace.

Plus tard dans la séance, le Secrétaire Exécutif du NSpC, Scott Pace, est revenu plus en détails sur le contenu du texte. Bien qu’elle s’inscrive pour partie dans l’héritage des anciennes National Space Policies (ndlr : dont le contenu ne varie que sensiblement d’une présidence à l’autre), la nouvelle version s’articule autour de quatre priorités : les activités spatiales commerciales, la coopération internationale, l’exploration/la science, la sécurité nationale (qui supplante l’ensemble).

2.2. Intervention du Secrétaire au Commerce, Wilbur Ross

Wilbur Ross a mis en avant les efforts fournis par son administration pour assouplir les contraintes administratives qui pèsent sur les entreprises du secteur spatial et leur développement (il cite notamment la réduction par la NOAA du délai d’octroi des licences de télédétection de 74 à 28 jours).

Ces efforts auraient, selon le Secrétaire, contribué à l’explosion de l’industrie spatiale qui s’est traduite par :

  • Une forte innovation du secteur privé (ex : 100ème vol commercial du Falcon 9 de SpaceX)
  • Une forte augmentation des investissements privés dans le Spatial (les investissements privés mondiaux ont atteint 17,5 Mds$ en 2020 – dont 62% d’origine américaine)
  • Une explosion du nombre de satellites actifs en orbite en 2020 (dont plus de 800 satellites Starlink)

Cette augmentation du nombre de satellites en orbite soulève toutefois de nouveaux enjeux de SSA (Space Situationnal Awareness)/STM (Space Traffic Management) auxquels le Département du Commerce (DoC) tente de répondre dans le cadre du mandat qui lui a été attribué par la SPD-3. Parmi les dernières avancées majeures réalisées par son administration en la matière, Wilbur Ross a mentionné :

  • La signature prochaine d’un Memorandum of Understanding (MoU) entre le DoC et le Pentagone
  • La constitution d’un nouveau catalogue de données en architecture ouverte

2.3. Intervention du Secrétaire à l’Énergie, Dan Brouillette

Le Secrétaire à l’Énergie est revenu sur les dernières initiatives entreprises par son administration en matière spatiale :

  • Un rapprochement avec la NASA à travers la tenue d’une réunion en juillet 2020, et la signature d’un MoU entre les deux administrations en octobre 2020 qui prévoit l’établissement de trois groupes de travail entre la NASA et le DoE (notamment sur l’énergie et la propulsion nucléaires)
  • Un rapprochement avec le Département de la Défense (DoD) à travers la tenue d’une réunion en octobre 2020 pour déterminer des axes de coopération
  • La publication prochaine d’une stratégie spatiale (prenant la forme d’un plan décennal)

2.4. Intervention du Directeur du Bureau de la Politique pour la Science et la Technologie, Kelvin Droegemeier

Kelvin Droegemeier est revenu sur les progrès réalisés dans deux domaines majeurs :

  • La météorologie spatiale :
    • Signature de la loi PROswift (Promoting Research and Observations of Space Weather to Improve the Forecasting of Tomorrow) par le Président Donald Trump le 21 octobre 2020
    • Finalisation du relevé de la conductivité du sol américain par l’U.S. Geological Survey
    • Financement par la NOAA, la NASA et la National Space Foundation (NSF) de recherches sur la prédiction de la météorologie spatiale et sur les modélisations solaires et géospatiales
    • Lancement en 2024 du satellite SWFO-L1 (NOAA/NASA) qui collectera des données sur les vents solaires et des images coronales pour soutenir les activités de la NOAA
  • La protection planétaire : en vue des futurs programmes d’exploration de la NASA, Kelvin Droegemeier envisage la mise à jour de la Planetary Protection Policy pour réduire le risque de « forward contamination » et « backward contamination »

2.5. Intervention du Directeur du Renseignement National, John Ratcliffe

Après avoir insisté sur le renouvellement des menaces qui pèsent sur les actifs spatiaux vitaux américains, John Ratcliffe a indiqué que l’Espace devait être un domaine prioritaire du renseignement et souligné les actions entreprises par la Communauté du Renseignement en ce sens :

  • Augmentation « significative » du niveau d’investissement dans le domaine spatial (les montants demeurent toutefois confidentiels)
  • Rapprochement entre l’USSF et la Communauté du Renseignement par le biais de :
    • L’intégration de l’USSF au sein de la Communauté du Renseignement (alors que celle-ci n’accueille, traditionnellement, aucune branche de l’armée américaine)
    • La création d’un National Intelligence Space Center qui servira d’unité de renseignement pour l’USSF
  • Rapprochement entre l’USSPACECOM et le NRO par la tenue d’une série de wargamesqui font suite à la décision prise lors de la 7ème réunion du NSpC de rapprocher les deux entités autour d’une stratégie de protection et de défense conjointe des systèmes spatiaux vitaux américains

2.6. Intervention du Secrétaire adjoint à la Défense, David Norquist

David Norquist est revenu sur les progrès réalisés au sujet de :

  • La mise en place de l’USSF : suivant les directives du National Defense Authorization Act (NDAA) 2020 qui donnait en décembre 2019 un an au Pentagone pour mettre sur pied l’USSF, ce dernier aurait accompli de nombreuses avancées :
    • D’un point de vue opérationnel, l’USSF a déjà procédé au lancement de satellites et soutenu deux vols habités de la NASA à destination de l’ISS
    • D’un point de vue organisationnel, l’USSF a été structurée autour de trois Field Commands et neuf Space Deltas et commence à recevoir du personnel via des transferts depuis l’USAF
    • D’un point de vue international, l’USSF a engagé un dialogue avec ses partenaires internationaux pour renforcer la coopération dans le domaine spatial, en citant explicitement le Royaume-Uni et la France qui se sont dotés d’entités dédiées aux problématiques spatiales
    • D’un point de vue stratégique, l’USSF a formulé sa doctrine à travers le Space Capstone
  • L’USSPACECOM qui poursuit la création de normes et standards de comportement dans l’Espace
  • L’organisation interne du Pentagone: celui-ci a publié sa Defense Space Strategy qui définit sa stratégie spatiale sur les dix prochaines années et s’est doté d’un Assistant Secretary of Defense for Space Policy responsable de la coordination inter-agences et internationale

2.7. Intervention du Secrétaire à la Sécurité intérieure par intérim, Chad Wolf

Chad Wolf a évoqué les actions de son département pour améliorer la cybersécurité et la résilience des systèmes spatiaux avant et après leur lancement :

  • Avant le lancement : le département renforce le partage d’informations et de bonnes pratiques avec les industriels au sujet de la sécurité des systèmes spatiaux et de leurs chaînes d’approvisionnement. Il s’appuie pour cela sur le travail de la Cybersecurity and Infrastructure Agency (CISA) – qui dirige le nouveau Space Information Sharing and Analysis Center (ISAC) – et coopère avec le DoC
  • Après le lancement : le département mène des essais sur la résilience des fonctions spatiales critiques et fédérales pour garantir la continuité des opérations

2.8. Intervention de l’Administrateur de la NASA, Jim Bridenstine

Après avoir reçu les hommages du Vice-Président et de l’audience en vue de son départ prochain, Jim Bridenstine a fait un point méthodique sur l’avancement du programme d’exploration Artemis :

  • Space Launch System (SLS) : six des huit étapes de sa campagne de tests ont été effectués. La 7ème étape est en cours (ndlr : elle vient de s’achever après avoir subi du retard)
  • Orion: le Crew Module (CM) et l’European Service Module (ESM) ont été assemblés. L’ensemble est actuellement au KSC
  • Accords Artemis: neuf pays (États-Unis, Royaume-Uni, Luxembourg, Italie, Japon, Émirats arabes unis, Canada, Australie, Ukraine) ont signé ces accords qui fixent les principes et normes de comportement qui doivent encadrer les activités civiles d’exploration spatiale
  • Lunar Gateway : le Power and Propulsion Element (PPE) et l’Habitation And Logistics Outpost (HALO) qui composent la version « réduite » du Gateway seront assemblés et lancés conjointement en 2023. La NASA a sélectionné deux expériences scientifiques qui devront y être réalisées. Enfin, l’Agence a signé un MoU avec l’ESA qui prévoit la fourniture par cette dernière d’astronautes et d’équipements (ndlr : l’ESA contribue à la version « finale » du Gateway)
  • Commercial Lunar Payload Services (CLPS) : de nombreuses sociétés ont été associées à ce programme par lequel la NASA sous-traite à des entreprises privées le transport de ses charges utiles à la surface lunaire. Elle a par ailleurs récemment prévu d’acheter directement dans l’Espace des ressources lunaires à des entreprises afin de démontrer la viabilité de ce modèle économique fondé sur le recours au secteur privé
  • Human Landing System (HLS) : Jim Bridenstine a insisté sur le fait que les alunisseurs étaient la seule pièce manquante du programme Artemis et qu’il était important, pour maintenir le calendrier de ce dernier, que le Congrès accorde la totalité du budget demandé par la NASA (ndlr : le Congrès a révélé depuis lors le budget de la NASA qui ne consacre que 850 M$ au HLS contre 3,3 Md$ demandés par la NASA). En termes de calendrier, deux des trois prime contractors actuellement en lice pour le projet devraient être retenus en février 2021. Cette sélection devrait permettre de choisir le lieu de l’alunissage pour 2024

Jim Bridenstine a achevé son discours en révélant les dix-huit premiers astronautes de la « génération Artemis » composée de neuf hommes et neufs femmes disposant, ou non, d’expérience dans les vols spatiaux.

2.9. Autres interventions

Trois autres personnalités sont intervenues au cours de la réunion : le Général John Hyten (Vice-Chef d’État-Major), Brooke Rollins (Assistante du Président et Directrice du Conseil de Politique Intérieur) et Russell Vought (Directeur du Bureau de la Gestion et du Budget). Hormis quelques considérations sur le budget, ces interventions ont avant tout loué les initiatives engagées par l’administration sortante (augmentation du budget de la NASA, mise en place de l’USSF, reviviscence du programme d’exploration).

3. La 8ème réunion du NSpC : un exercice de communication politique

A l’heure où le mandat de Donald Trump touche à sa fin, la 8ème réunion du NSpC pouvait aussi se lire comme un hommage appuyé à la politique spatiale du Président Donald Trump. En effet, chaque intervenant a félicité le Président sortant pour les initiatives qu’il a engagées dans le domaine spatial (notamment le rétablissement du NSpC) ainsi que pour sa contribution à la restauration du leadership américain dans l’Espace.

Au-delà des annonces majeures qui y ont été faites, la 8ème réunion du NSpC a constitué un exercice subtil de communication à l’approche de la transition politique. Il s’agissait pour l’administration sortante de mettre en avant les avancées concrètes et les bénéfices de la stratégie spatiale initiée sous Donald Trump afin d’inciter la future administration à poursuivre la dynamique enclenchée ou, à défaut, de faire peser sur elle la responsabilité d’une éventuelle perte de leadership américain dans l’Espace.

Cela s’est particulièrement avéré dans le domaine de l’exploration où l’énumération par Jim Bridenstine des différentes composantes du programme Artemis et l’annonce des astronautes sélectionnés pour y participer contribuent à ancrer le programme dans le paysage politique mais aussi dans l’opinion publique. De cette façon, il semblerait que l’administration sortante entende faire porter la responsabilité d’une perte de vitesse du programme Artemis à la future administration (ndlr : bien que le programme connaisse des difficultés et des retards indépendants de la transition politique, notamment s’agissant du budget 2021 qui vient d’être voté par le Congrès qui n’accorde que 25% des fonds demandés par la NASA au HLS).