Bulletin d’actualité Espace n°26-01

Bulletin d’actualité rédigé par le Bureau du CNES et Service Spatial de l’Ambassade de France à Washington D.C.
Mathieu Weiss & Victor Chourlin

 

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L’ESSENTIEL

Le début de l’année 2026 confirme le rôle central de la défense dans les orientations spatiales américaines. L’U.S. Space Force poursuit le renforcement rapide de ses capacités en s’appuyant sur des solutions commerciales, avec l’attribution à SpaceX de nouveaux contrats de lancement pour les constellations de détection et de suivi antimissile de la Space Development Agency. Cette tendance devrait se renforcer avec le déploiement progressif du Golden Dome. En parallèle, l’abandon du programme Resilient GPS, faute de financements, illustre les arbitrages budgétaires persistants et les limites rencontrées par certaines initiatives visant à renforcer la résilience des infrastructures critiques.

Ce mois de janvier est également marqué par des décisions financières structurantes comme en témoigne le vote par le Congrès d’un budget de 24,4 milliards de dollars pour la NASA, rejetant les coupes proposées par l’exécutif et sécurisant plusieurs programmes clés, dont Artemis II et les activités scientifiques, malgré l’annulation de la mission Mars Sample Return. Cette clarification budgétaire s’accompagne d’une avancée stratégique majeure avec la signature d’un accord entre la NASA et le Department of Energy pour le développement d’un réacteur nucléaire lunaire dans le cadre du programme Fission Surface Power. Prévu pour un déploiement à l’horizon 2029, ce projet constitue un jalon essentiel pour la soutenabilité des futures missions lunaires habitées et traduit l’ambition américaine d’inscrire durablement sa présence sur la Lune.

Ces avancées contrastent avec les difficultés persistantes du programme Artemis. La mission Artemis III fait l’objet d’une révision approfondie en raison de risques techniques et organisationnels identifiés, laissant envisager de nouveaux retards. Sur le plan scientifique, la perte probable de la sonde martienne MAVEN rappelle les défis liés au renouvellement des capacités d’exploration.

Enfin, le secteur spatial commercial poursuit sa montée en puissance. Blue Origin progresse sur la réutilisation de son lanceur New Glenn et annonce la constellation TeraWave, tandis que le cadre réglementaire demeure évolutif, comme l’illustre l’abandon par la FAA de son projet de réglementation sur les débris orbitaux. Les nombreuses levées de fonds dans l’observation de la Terre, les données satellitaires et le nucléaire spatial confirment le dynamisme d’un écosystème en pleine recomposition.

Ce bulletin d’actualité marque par ailleurs l’arrivée de Victor Chourlin, au sein du bureau du CNES à Washington D.C.

Bonne lecture !

 

BUDGET

Le Congrès adopte un projet de loi de finance qui rejette les coupes budgétaires proposées pour la NASA

Space News, 15 janvier 2026

Le 16 janvier 2026, le Congrès américain a approuvé un budget de 24,438 milliards de dollars pour la NASA en 2026, légèrement inférieur aux années précédentes mais bien supérieur aux 18,8 milliards proposés par l’administration Trump qui ne devrait cependant pas s’opposer au projet. Ce texte rétablit les financements pour les programmes scientifiques (7,25 milliards), les opérations spatiales (4,175 milliards) et la technologie spatiale (920,5 millions), tout en annulant la mission Mars Sample Return, jugée trop coûteuse et retardée.

Les sénateurs Jerry Moran et Chris Van Hollen ont salué ce budget, qui soutient les missions Artemis 2 et préserve le Goddard Space Flight Center. Malgré des critiques sur l’abandon de MSR, le texte est globalement bien accueilli par l’industrie spatiale.

 

ÉCONOMIE SPATIALE

Antares lève 96 millions de dollars pour financer des réacteurs nucléaires sur Terre et dans l’espace

Space News, 03 décembre 2025

La startup Antares a levé 96 millions de dollars (dont 71 millions en equity et 25 millions en dette) pour développer des microréacteurs nucléaires, à la fois pour des applications terrestres et spatiales. Basée en Californie, Idaho et Caroline du Sud, l’entreprise de 60 employés prépare une usine capable de produire 10 réacteurs par an et se concentre sur l’approvisionnement en uranium.

Antares prévoit un prototype fonctionnel (Mark-1) en 2027 et vise le programme Fission Surface Power (FSP) de la NASA. Pour Jordan Bramble, PDG d’Antares, « le nucléaire est crucial pour une économie industrielle spatiale ».

Array Labs lève 20 millions de dollars pour augmenter sa production de satellites radar

Space News, 05 janvier 2026

Array Labs, startup californienne spécialisée dans les satellites radar (SAR), a levé 20 millions de dollars en Series A le 5 janvier dernier pour démocratiser l’accès à cette technologie. Contrairement aux systèmes traditionnels, coûteux et réservés aux gouvernements, Array utilise des techniques de fabrication inspirées de l’électronique grand public pour produire des radars à moindre coût.

Son approche repose sur des constellations de petits satellites coordonnés, capables de générer des modèles 3D haute résolution avec des temps de revisite rapides. La startup vise les marchés commerciaux et de la défense, avec des partenariats comme Raytheon et Vantor (ex-Maxar).

Array a déjà lancé deux satellites de démonstration en 2024 et prépare une nouvelle mission en 2026. La levée de fonds servira à industrialiser sa production et préparer son premier cluster opérationnel, marquant une avancée majeure pour l’observation radar terrestre.

SkyFi lève 12,7 millions de dollars pour développer son marché de données satellitaires

Space News, 14 janvier 2026

SkyFi, entreprise américaine spécialisée dans l’agrégation de données géospatiales, a levé 12,7 millions de dollars en Series A (annoncée le 14 janvier 2026), avec des investisseurs comme Buoyant Ventures et IronGate Capital. Basée à Austin, Texas, SkyFi opère une plateforme virtuelle combinant des images et analyses de plus de 50 fournisseurs (optique, SAR, hyperspectral, etc.), offrant un accès unifié sans dépendre d’un seul opérateur satellite.

Ce financement permettra d’étendre la plateforme et de renforcer les partenariats avec des opérateurs pour élargir ses offres. Selon Luke Fischer, PDG, cette levée reflète « une demande croissante pour un accès simplifié aux données d’observation terrestre », avec des applications clés dans l’énergie, l’agriculture, la surveillance climatique, la gestion des catastrophes et la défense.

Hydrosat lève 60 millions de dollars dans le cadre d’un financement de série B

Space News, 15 janvier 2026

Hydrosat, startup spécialisée dans l’imagerie infrarouge pour la gestion des ressources en eau, a levé 60 millions de dollars en Series B (annoncée le 15 janvier 2026), avec des investisseurs comme Hartree Partners et Luxembourg Future Fund. Ces fonds financeront le lancement de nouveaux satellites et l’expansion mondiale, notamment en Asie centrale, Moyen-Orient, Inde et Amérique latine.

Fondée en 2017, Hydrosat exploite déjà deux satellites infrarouges, fournissant des données pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la défense (notamment via un contrat avec le National Reconnaissance Office). La levée permettra d’étendre son équipe (États-Unis, Luxembourg, Inde, Émirats, Colombie) et d’améliorer sa constellation, pour offrir une meilleure résolution et couvrir des applications critiques comme la gestion de l’eau et la sécurité nationale.

 

RÉGLEMENTATION SPATIALE

La FAA abandonne un projet majeur visant à prévenir les débris spatiaux

Orbital Today, 18 janvier 2026

Le 15 janvier 2026, la FAA a retiré sa proposition de réglementation sur la limitation des débris orbitaux, qui aurait imposé aux opérateurs de retirer les étages supérieurs de fusées et autres composants de l’orbite dans les 25 ans après le lancement. Proposée en septembre 2023, cette règle a suscité 40 commentaires lors de la consultation publique : six soulignaient le coût élevé de la désorbitation, et sept contestaient l’autorité de la FAA pour imposer cette mesure.

L’agence a donc suspendu le projet, tout en envisageant une future réglementation après une réévaluation en deux parties : une analyse de la légalité de la mesure et une étude de son impact économique.

 

SÉCURITÉ ET DÉFENSE

SpaceX va lancer les prochains satellites de surveillance antimissile de la SDA

Breaking Defense, 09 janvier 2026

Air & Space Forces 12 janvier 2026

La Space Force a attribué à SpaceX, pour 739 millions de dollars, des contrats pour neuf lancements de 44 satellites dédiés à la détection, au suivi de missiles et au contrôle de tir pour le compte de la Space Development Agency (SDA), ainsi que pour des missions classifiées du National Reconnaissance Office (NRO). Les premiers lancements (SDA-2), prévus au quatrième trimestre 2026, incluront 18 satellites de suivi (L3Harris) et 8 satellites FOO Fighter (Millennium Space). Une seconde série (SDA-3), avec 18 satellites de Lockheed Martin, débutera au troisième trimestre 2027, tandis que les missions NRO (NTO-5) s’échelonneront entre 2027 et 2028. Ces contrats s’inscrivent dans le cadre du programme NSSL Phase 3, visant des orbites basses ou moyennes, et complètent des accords antérieurs de 2,5 milliards de dollars pour les satellites Tranche 2.

La Space Force met fin au programme satellitaire Resilient GPS

Space News, 19 janvier 2026

La U.S. Space Force a abandonné son projet Resilient GPS (R-GPS), lancé en 2024 pour renforcer le système GPS avec des satellites plus petits et moins chers. Trois entreprises (Astranis, L3Harris Technologies, Sierra Space) avaient été sélectionnées pour développer des concepts basés sur des technologies commerciales, visant à créer une constellation plus résistante aux menaces comme le brouillage.

Malgré des procédures accélérées, le budget 2026 n’a pas financé la phase 1 du programme, en raison de priorités plus urgentes. Aucune démonstration en orbite n’est prévue, et la Space Force n’a pas encore proposé de solution alternative. Les législateurs avaient déjà alerté sur la vulnérabilité du GPS et suggéré d’explorer des solutions commerciales en orbite basse.

 

EXPLORATION

La NASA doit revoir ses plans concernant Artemis III

Sciencepost, 11 janvier 2026

La NASA doit réviser ses plans pour Artemis III, reportée à septembre 2028, en raison de risques identifiés par son conseil de sécurité. Celui-ci recommande une refonte des objectifs, contrats et procédures pour assurer la sécurité des astronautes et la réussite de cette mission, qui vise un retour humain sur la Lune depuis 1972.

Les principaux défis incluent les opérations de l’atterrisseur Starship de SpaceX, l’amarrage d’Orion en orbite lunaire, et un atterrissage dans la région polaire sud, un terrain difficile. Le conseil critique aussi la gestion des contrats, soulignant une supervision technique insuffisante et une dépendance excessive aux sous-traitants, comme le montre l’échec du CST-100 Starliner de Boeing en 2024. Ces problèmes pourraient repousser la mission jusqu’en 2029. Artemis II, prévue le 5 février 2026, servira de test clé pour le lanceur SLS et la capsule Orion.

La NASA a perdu un satellite autour de Mars. MAVEN est-il définitivement perdu ?

Space News, 14 janvier 2026

Planetary, 22 janvier 2026

La NASA a perdu le contact avec la sonde MAVEN le 4 décembre 2025, après son passage derrière Mars. Malgré des tentatives de rétablir la communication, notamment via le rover Curiosity, les chances de succès sont jugées « très improbables » par Louise Prockter (NASA). C’est la première perte accidentelle d’un engin en orbite autour d’une autre planète pour l’agence.

Opérationnelle depuis plus de dix ans (au lieu des deux ans prévus), MAVEN étudiait la perte de l’atmosphère martienne sous l’effet des particules solaires, éclairant l’évolution de Mars. Elle servait aussi de relais de communication pour les rovers Curiosity et Perseverance, une fonction désormais compromise, car deux des trois autres orbiters martiens vieillissent et l’un est en fin de carburant. Bien que des missions comme ESCAPADE ou un futur orbiteur (prévu pour 2028) puissent reprendre certaines de ses tâches, MAVEN laisse un héritage scientifique majeur.

 

LANCEURS ET SPATIOPORTS

Blue Origin réutilisera le propulseur New Glenn lors de son prochain lancement

Space News, 22 janvier 2026

Blue Origin réutilisera pour la première fois un booster New Glenn lors de sa prochaine mission, NG-3, prévue fin février 2026 depuis Cap Canaveral. Ce vol, initialement destiné à lancer le premier alunisseur Blue Moon Mark 1 (nommé Endurance), transportera finalement le satellite BlueBird 7 d’AST SpaceMobile.

Le booster réutilisé, baptisé Never Tell Me The Odds, avait déjà servi pour la mission NG-2 (lancement de la mission martienne ESCAPADE de la NASA en novembre 2025), marquant le premier atterrissage réussi du premier étage de New Glenn après l’échec de la récupération lors du vol inaugural NG-1 en janvier 2025. AST SpaceMobile, qui développe une constellation de satellites pour un accès internet direct, prévoit de déployer 45 à 60 satellites d’ici fin 2026, avec des lancements futurs sur New Glenn pouvant embarquer jusqu’à huit satellites par vol.

 

TÉLÉCOMMUNICATIONS

Blue Origin dévoile sa constellation TeraWave LEO/MEO

Space News, 21 janvier 2026

Via Satellite, 21 janvier 2026

Blue Origin a annoncé le 15 janvier 2026 son projet TeraWave, une constellation de 5 408 satellites (5 280 en orbite basse et 128 en orbite moyenne), reliés par liaisons optiques. Destinée aux entreprises, centres de données et gouvernements, elle vise à offrir une connectivité ultra-rapide (jusqu’à 144 Gbps en Q/V-band et 6 Tbps en optique) et symétrique, avec un déploiement prévu à partir du quatrième trimestre 2027.

Contrairement aux constellations grand public comme Amazon Leo, TeraWave ciblera 100 000 clients (entreprises, aviation, défense) avec des solutions résilientes et évolutives, notamment dans les zones rurales ou isolées. Dirigée par Lindo St. Angel (ex-Amazon), cette initiative marque une diversification pour Blue Origin, jusqu’ici axée sur les lanceurs et l’exploration lunaire. Une demande de dérogation a été déposée auprès de la FCC pour accélérer le processus.

 

TECHNOLOGIE

La NASA et le DOE vont collaborer au développement d’un réacteur nucléaire lunaire

Space News, 24 janvier 2025

La NASA et le Département de l’Énergie (DOE) ont signé le 13 janvier 2026 un mémorandum d’entente pour collaborer au développement de réacteurs nucléaires lunaires dans le cadre du programme Fission Surface Power (FSP). L’objectif est de créer un réacteur capable de produire au moins 100 kilowatts et prêt pour un lancement d’ici fin 2029, dans le cadre d’un partenariat public-privé.

La NASA gérera et financera le programme, tandis que le DOE assurera la supervision réglementaire, le soutien technique, et fournira 400 kg de carburant HALEU (uranium faiblement enrichi) pour les démonstrations au sol et le réacteur lunaire. Ce carburant évite les risques de prolifération nucléaire liés à l’uranium hautement enrichi.

Un appel à propositions final (AFPP) pour les partenaires industriels est attendu début 2026, après deux versions préliminaires en août et décembre 2025. Contrairement à la première version, la NASA prendra en charge le transport du réacteur vers la Lune via son programme Human Landing System (HLS), sans préciser encore si Blue Origin ou SpaceX sera choisi.

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