Une collaboration scientifique menée sur l’élevage du bétail face au changement climatique

Meredith Root-Bernstein est docteure en écologie et chercheuse au MNHN (Muséum National d’Histoire Naturelle) et au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique). Colin Hoag est quant à lui docteur en anthropologie et en sciences biologiques et professeur adjoint d’anthropologie au Smith College (Massachusetts). Ils utilisent leurs approches complémentaires d’anthropologues et de chercheur en écologie pour étudier les impacts et interactions entre pratiques agricoles, espèces végétales présentes dans l’environnement et rendement de production animale.

Leur projet implique une analyse comparative de ces pratiques dans différents pays du Sud, en l’occurrence le Chili et le Lesotho.

Le Lesotho est un pays producteur de mohair et présente de ce fait d’importants élevages de chèvre. Lors de leur séjour au Lesotho, Meredith Root-Bernstein et Colin Hoag ont étudié l’influence de la présence des arbustes sur le type de plantes herbacées et donc de fourrage disponible, ainsi que l’impact des pratiques d’arrachage des arbustes généralisé sur l’offre de pâturage pour le bétail.

En effet, convaincu que la présence d’arbustes entraîne une moins grande production d’herbes fourragères, le Lesotho pratique une politique systématique d’arrachage des arbustes. Les observations des chercheurs leur ont permis de constater que si les plantes fourragères typiques sont présentes en moins grande quantité, pour autant il existe d’autres espèces de plantes consommées par les chèvres autour de ces arbustes. Or ces plantes sont des composantes essentielles dans l’alimentation du bétail, car elles aident à améliorer la digestion et la prise de poids des animaux.

Meredith Root-Bernstein et Colin Hoag ont alors proposé d’étudier plus en détails le rôle que les plantes herbacées ont dans ce système, en mettant notamment l’accent sur leur teneur élevée en nutriments et leur capacité à fixer l’azote, restituant ainsi les nutriments dans les sols. En effet, ces deux facteurs pourraient réduire l’abondance des arbustes et favoriser l’établissement d’une communauté d’herbacées plus riche tout en aidant à contrôler l’érosion.

Une étude similaire a été menée en parallèle au Chili. Les deux chercheurs sont arrivés à la conclusion que les formes extrêmes de gestion répondant au changement climatique risquaient d’être contre-productives. En effet, il faudrait se concentrer sur l’adaptation de moyens de subsistance et de systèmes économiques au changement climatique plutôt que d’éradiquer entièrement des composantes écologiques (comme les arbustes au Lesotho). En procédant de cette manière, cela pourrait produire des rétroactions écologiques extrêmes, voire produire l’effet inverse de celui recherché. Aussi, l’attention portée aux mécanismes écologiques jusqu’ici ignorés peut suggérer de nouvelles approches adaptatives pour gérer le système socio-écologique holistique.

Dans le cadre de ces observations, un colloque a ainsi été organisé, portant sur le lien entre la dégradation[1] des écosystèmes et l’élevage du bétail. Ce colloque a eu lieu en juin 2019 et a été organisé par Meredith Root-Bernstein et Colin Hoag eux-mêmes.

La relation entre l’élevage et les formes de dégradation est particulièrement complexe. La production animale a souvent été décrite comme source de dégradation de l’environnement ou facteur aggravant d’autres formes de dommages environnementaux tels que le changement climatique. Or la plupart des formes de pâturage mobiles se sont développées précisément pour s’adapter à des conditions environnementales variables, et sont censées être durables et éviter la dégradation. En raison de changements de régime foncier, aux modèles politiques, économiques, et aux transformations socio-économiques, nombre de ces pratiques non industrielles de gestion du bétail se perdent.

Ce colloque a donc pu mettre en avant les pratiques de « knowledge-making » des chercheurs, des communautés d’éleveurs et des autres parties prenantes sur les questions liées à l’élevage et à la dégradation en Afrique et en Amérique latine permettant de savoir ce que ces différents acteurs savent de la dégradation et de la production animale et comment ont-ils eu ces connaissances.

Des questions comme : « Que pouvons-nous faire, en pratique, avec leurs connaissances souvent contradictoires ? » ou « Comment des formes d’interdisciplinarité ou d’inclusion des savoirs autochtones et locaux peuvent conduire à la formation de pratiques de soutien des connaissances qui favorisent l’adaptation et la durabilité, et qui préviennent ou inversent la dégradation ? » ont ainsi pu être abordées.

Meredith Root-Bernstein et Colin Hoag ont notamment pu bénéficier d’une bourse Thomas Jefferson, délivrée par l’Ambassade de France, afin de leur apporter un soutien supplémentaire dans leur collaboration scientifique.

Meredith Root-Bernstein poursuit cette collaboration en faisant des recherches sur l’espinal, un système de restauration agro-sylvo-pastoral[2] du Chili.[3]

Ci-dessous, quelques photos prises durant leur voyage au Lesotho :

 

 

[1] Par dégradation peut être entendu des phénomènes aussi divers que la sécheresse, l’empiètement des arbustes, l’érosion, la perte de nutriments du sol…

[2] Qui concerne à la fois l’agriculture, l’élevage et l’exploitation forestière

[3] https://www.researchgate.net/profile/Meredith_Root-Bernstein