La place du spatial dans les programmes des candidats démocrate et républicain à l’Élection Présidentielle américaine de 2020 (à un mois du scrutin…)

1. Introduction et contexte

Le 3 novembre 2020, les Américains sont appelés à élire le prochain Président des États-Unis d’Amérique. Ils devront choisir entre le candidat républicain, Donald Trump (45ème Président des États-Unis, en fonction depuis 2017) et le candidat démocrate Joseph (Joe) Biden (47ème Vice-Président des États-Unis sous les mandats de Barack Obama entre 2009 et 2017).

Les conventions démocrate (17-20 août) et républicaine (24-27 août) ont officiellement lancé la campagne présidentielle. À travers les discours et les programmes des candidats, force est de constater que le Spatial reste un sujet de campagne bipartisan (à l’image des discussions au Congrès sur le sujet), bien que davantage mis en avant par le camp républicain. Quelle que soit l’issue du scrutin, on peut ainsi s’attendre à une continuité pour les grands programmes en cours, notamment dans l’exploration habitée, avec cependant des ajustements calendaires et budgétaires probables en cas de victoire démocrate.

Toutefois, les deux partis affichent des visions différentes du Spatial, un domaine au service des convictions politiques de chacun :

  • Le candidat républicain voit le spatial avant tout comme un élément au service de la sécurité et de la défense du peuple américain, ainsi que du prestige et du leadership de la nation américaine dans le monde
  • Le candidat démocrate considère plutôt le Spatial sous l’angle scientifique et technologique comme un moyen de soutien à l’emploi dans ces domaines, ainsi qu’un outil au service de l’environnement

Ainsi, ces deux programmes présentent des orientations stratégiques différentes pour les quatre prochaines années. Le camp républicain privilégie le renforcement de l’exploration habitée (avec le retour sur la Lune en 2024) et du spatial militaire (avec la montée en puissance de l’U.S. Space Force), tandis que les Démocrates pourraient remettre en avant le Spatial au service de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique avec l’observation de la Terre.

À noter cependant que ces stratégies restent peu détaillées quel que soit le programme, éclipsées par les enjeux de la crise sanitaire de COVID-19. Depuis le début de la campagne, un seul sujet d’actualité spatiale a donné lieu à une joute verbale sur Twitter entre les deux candidats : le succès du décollage et de l’amarrage à la Station Spatiale internationale (ISS) de la mission Crew Dragon Demo-2 de SpaceX fin mai 2020. A cette occasion, Républicains et Démocrates ont chacun revendiqué la paternité du programme commercial de vols habités, même s’il convient de rappeler que ce dernier a été initié par le Président Bush en 2006. 

2. Le programme républicain

Le 23 août 2020, l’équipe de campagne de Donald Trump a publié la profession de foi de son candidat sous le slogan « Fighting for you ! ». Parmi les 54 points répartis dans 11 parties, une promesse dans le chapitre « Innovate for the Future » mentionne explicitement le domaine spatial, avec les objectifs suivants : « Launch Space Force, Establish Permanent Manned Presence on The Moon and Send the First Manned Mission to Mars ». À noter qu’il s’agit de la même promesse inscrite au programme de la campagne de 2016. D’autres engagements pourraient par ailleurs impacter la politique spatiale:

  • « Win the Race to 5G and Establish a National High-Speed Wireless Internet Network» (dans la partie « Innovate for the Future »)
  • « Build a Great Cybersecurity Defense System and Missile Defense System» (dans la partie « America First Foreign Policy »)

Par ailleurs, le Comité National Républicain a mis en lumière le 25 août les principales réalisations du Président Trump au cours de son mandat en matière de politique étrangère, « dans le monde et dans l’Espace » . Sont énumérées notamment les coopérations internationales signées sous l’ère Trump, ayant permis selon lui de renforcer la sécurité dans le monde et dans l’Espace. Les avancées réalisées dans le domaine spatial y sont mentionnées au même titre que les actions du gouvernement en matière de lutte contre le terrorisme, les relations avec la Chine ou la situation au Moyen-Orient (« President Trump has taken steps to advance American leadership and freedom of action in space as critical to U.S. national security »). Le Comité souligne en outre la consolidation de la stratégie spatiale américaine, avec la remise sur pied du National Space Council et la publication de quatre Space Policy Directives (note : depuis, une 5ème Space Policy Directive relative à la cybersécurité des systèmes spatiaux a été promulguée le 4 septembre).

Le 27 août, Donald Trump a clôturé la convention républicaine par un discours au cours duquel il a particulièrement insisté sur les accomplissements de son premier mandat, et a mentionné à quatre reprises le domaine spatial :

  • Pour se féliciter de la mise sur pied de l’U.S. Space Force, 75 ans après la création de l’U.S. Air Force, dernière entité créée au sein des forces armées américaines. L’U.S. Space Force a de nouveau été mentionnée lors du premier débat présidentiel entre Donald Trump et Joe Biden le 29 septembre, confirmant le lien étroit entre le spatial et le domaine militaire aux yeux du candidat républicain
  • Pour confirmer le programme de retour des Américains sur la Lune à l’horizon 2024 d’une part et la volonté d’être la première nation à envoyer un équipage sur le sol martien d’autre part, objectifs affichés lors de sa première mandature
  • Pour mettre en exergue l’héroïsme et le patriotisme américains avec la mission Apollo 11 et conclure que « For America, nothing is impossible». À contrecourant des propos des astronautes d’Apollo selon qui le programme était exclusivement pacifique, Donald Trump a placé le programme Apollo comme pierre angulaire du combat pour la Liberté du pays, fer de lance du « Free World » : « Whenever our way of life was threatened, our heroes answered the call »
  • Enfin, pour rappeler la grandeur des États-Unis, son histoire et son rôle exemplaire et « inspirant » pour le reste du monde. Il a effectivement cité les programmes spatiaux au même titre que l’abolition de l’esclavage ou le combat contre le fascisme : « What united generations past was an unshakable confidence in America’s destiny and an unbreakable faith in the American people. They knew that our country is blessed by God and has a special purpose in this world. It is that conviction that inspired the formation of our union, our westward expansion, the abolition of slavery, the passage of civil rights, the space program and the overthrow of fascism, tyranny, and communism »

Donald Trump utilise donc le domaine spatial dans un esprit de conquête et de sécurité. Pour lui, le Spatial est un vecteur de la puissance nationale, au service de la sécurité et de la défense du peuple américain d’abord, du prestige et du leadership de la nation américaine ensuite. À ses yeux, le Spatial constitue une preuve supplémentaire que les États-Unis seraient les seuls gardiens du « Free World ». Ce faisant, il semble omettre la dimension environnementale et la place grandissante du secteur privé dans le domaine spatial (il avait encensé SpaceX pour le succès du premier vol commercial habité à destination de l’ISS en mai 2020, pour lequel il avait assisté au lancement depuis Cap Canaveral). Finalement, pour Donald Trump, l’Amérique est puissante seule, mais rassemblée, sur Terre comme dans les airs… et l’Espace.

3. Le programme démocrate

Le 31 juillet 2020, l’équipe de campagne de Joe Biden a publié la feuille de route de son candidat. Un seul paragraphe fait mention explicite du domaine spatial : « Democrats continue to support the National Aeronautics and Space Administration (NASA) and are committed to continuing space exploration and discovery. We believe in continuing the spirit of discovery that has animated NASA’s human space exploration, in addition to its scientific and medical research, technological innovation, and educational mission that allows us to better understand our own planet and place in the universe. We will strengthen support for the United States’ role in space through our continued presence on the International Space Station, working in partnership with the international community to continue scientific and medical innovation. We support NASA’s work to return Americans to the moon and go beyond to Mars, taking the next step in exploring our solar system. Democrats additionally support strengthening NASA and the National Oceanic and Atmospheric Administration’s Earth observation missions to better understand how climate change is impacting our home planet. »

Le candidat démocrate annonce ainsi son engagement de poursuivre les grands programmes d’exploration engagés par la NASA, de bonne augure pour le programme Artemis de retour d’astronautes sur la Lune. Cependant, l’objectif calendaire de 2024 voulu par les républicains pourrait être repoussé (2028 étant la date initialement prévues), et la pression budgétaire relâchée (la NASA a estimé le coût total du programme Artemis à 71 Md$ sur les 5 prochaines années), à l’image des positions affichées par les Démocrates du Congrès.

L’environnement et la lutte contre le changement climatique apparaissent comme des axes forts de la campagne de Joe Biden. Tranchant avec le climato-sceptisme de l’actuel Président, le candidat démocrate insiste sur les enjeux climatiques et affiche son intention de réintégrer les Accords de Paris s’il était élu, un message fermement rappelé lors du premier débat présidentiel le 29 septembre. L’Observation de la Terre pourrait ainsi bénéficier de cette politique.

Le Spatial est ensuite associé aux objectifs scientifiques et technologiques affichés dans le programme démocrate. Joe Biden entend axer les investissements fédéraux vers la création d’emplois dans certains domaines scientifiques et technologiques précis afin de répondre aux menaces émergentes (incluant celles qui s’expriment dans l’Espace) qui pèsent sur la sécurité nationale des États-Unis.

Cette feuille de route indique que le Spatial ne représente pas un enjeu de premier plan aux yeux du candidat démocrate. Au cours de sa carrière politique de près d’un demi-siècle, ce dernier s’est d’ailleurs peu impliqué dans la politique spatiale américaine. Pendant ses mandats de législateurs, Joe Biden a rédigé ou co-rédigé seulement six textes liés à cette discipline : trois amendements commémoratifs (adoptés), deux amendements contre les essais antisatellites (rejetés) et une loi logistique pour permettre les paiements de l’ISS à la Russie (rejetée). Alors en campagne pour la deuxième fois en 2008, Joe Biden n’a évoqué le domaine spatial qu’à une seule reprise pour tendre la main à la Chine dans le cadre d’un partenariat dans l’exploration spatiale. Après avoir été nommé colistier de Barack Obama la même année, Joe Biden n’a fait référence au Spatial qu’une seule fois lors d’un discours en Floride. Au cours de celui-ci, il a déploré la dépendance américaine dans l’acheminement des astronautes américains vers l’ISS, et a encouragé le programme commercial de vols habités ainsi que l’investissement fédéral dans la NASA pour créer des emplois durables. Par la suite, durant les deux mandats de Barack Obama comme Vice-Président, Joe Biden ne semble pas s’être activement impliqué dans l’adoption de décisions en matière spatiale.

Si son programme spatial semble peu développé, Joe Biden pourrait, en cas d’élection, être guidé par les grandes orientations politiques des Démocrates du Congrès. En janvier 2020, ces derniers ont initié la feuille de route de la NASA pour les prochaines années : le projet de loi d’autorisation « NASA Authorization Act of 2020 » (H.R.5666), introduit par la Commission Science et Espace et Technologie de la Chambre des Représentants. Ce projet donne notamment la priorité à une mission habitée vers Mars en limitant les activités lunaires au stricte minimum. Il semble donc peu probable que Joe Biden remette en question les grands programmes initiés depuis plusieurs années, qui bénéficient d’un soutien bipartisan au sein du Congrès et d’un avis plutôt favorable de l’opinion publique.

À noter par ailleurs que le candidat démocrate a reçu le soutien de personnalités du monde du spatial américain, du Président Directeur Général d’Aerospace Industries Association Eric Fanning à l’ancien Administrateur de la NASA (2001 – 2004) Sean O’Keefe en passant par l’ancien astronaute John Grunsfeld.

4. L’opinion publique américaine

Dans deux sondages de 2018 et 2019, 75% des Américains déclarent avoir une vision positive de la NASA et de l’exploration spatiale tandis que les deux tiers considèrent cette dernière comme nécessaire. De plus, un cinquième estime être très intéressé par l’Espace. Autre fait marquant, les Américains souhaitent que la NASA conduise des missions « géo-centrées » : 43% estiment que l’observation de la Terre devrait

être la priorité de l’agence, 25% trouvent que ce devrait être l’observation des géocroiseurs, tandis que seulement 11% placent les missions habitées vers la Lune ou Mars en tête de leurs choix. Fait notable : ces tendances sont conservées qu’importe l’âge, la provenance géographique et le niveau d’instruction. En effet, la NASA est une des rares agences fédérales à recevoir un large soutien bipartisan. Une seule ombre au tableau : la recherche en lien avec les changements climatiques est moins supportée par les sympathisants républicains.

5. Impacts potentiels sur les programmes spatiaux en cours

Si les stratégies et objectifs de chaque camp semblent différents, l’approche plutôt bipartisane sur le spatial entre Républicains et Démocrates peut laisser penser à une continuité des programmes majeurs en cours, même si des ajustements sont à prévoir en cas de victoire démocrate en terme de priorité, de budget et de calendrier.

À noter que la version préliminaire de la feuille de route du parti démocrate pour l’élection présidentielle suggère qu’en cas de victoire, l’administration menée par Joe Biden n’apporterait que peu de changements aux programmes et politiques actuels de la NASA.

On pourrait s’attendre ainsi :

  • En cas de victoire républicaine :
    • À une continuité dans le soutien financier de l’exécutif à la NASA et au Pentagone. Depuis 4 ans, le budget de la NASA n’a cessé d’augmenter (budget annuel : 19,5 Md$ en 2017 – 22,6 Md$ en 2020 – 25,2 Md$ dans la requête budgétaire 2021), un effort essentiellement au profit de l’exploration. À noter que classiquement, les budgets proposés par la Maison Blanche sont plus soutenus sous les mandats républicains que démocrates (le budget de la NASA ayant stagné voire diminué sous l’ère Obama)
    • À une continuité dans le soutien des programmes d’exploration, notamment Artemis (retour sur le Lune d’ici 2024), au détriment des programmes scientifiques, à l’image de la dernière requête budgétaire pour l’année fiscale 2021 (+45% pour l’exploration / – 12% pour la science)
    • À un soutien accru au secteur privé national
  • En cas de victoire démocrate :
    • À un possible réajustement des priorités notamment en ce qui concerne l’exploration humaine. Si ce domaine bénéficie d’un soutien bipartisan, les budgets et objectifs calendaires du programme Artemis pourraient être revus (l’objectif du retour sur la Lune était prévu pour 2028 jusqu’en mars 2019)
    • À un retour au premier plan du soutien aux programmes scientifiques et d’observation de la Terre au profit de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique, un sujet de prédilection de Joe Biden, mis en avant lors du premier débat présidentiel le 29 septembre
    • À un renforcement possible du rôle institutionnel, notamment de la NASA, au détriment du secteur privé, à l’image du projet de loi d’autorisation de la NASA proposé par la Chambre des Représentants à majorité démocrate

6. Impacts géopolitiques et économiques potentiels

Les objectifs des deux partis dans la course à l’Espace sont assez divergents. Deux modèles s’affrontent selon les analystes : une vision républicaine de l’Espace lointain sans limite face à une vision démocrate plus focalisée sur la banlieue proche de la Terre. L’Espace est considéré dans sa globalité par Donald Trump comme un nouveau terrain stratégique, répétant que « celui qui mène dans l’Espace, mène le Monde », et n’hésitant pas à le considérer comme un « champ de bataille (« war-fighting domain »). De son côté, Joe Biden pourrait délaisser la « High Frontier » au profit d’un recentrage des enjeux spatiaux autour de la Terre.

La stratégie de politique internationale en matière spatiale pourrait également diverger. Sous l’administration Trump, les initiatives bilatérales ont été privilégiées et se sont multipliées avec les partenaires internationaux (Accords Artemis, Executive order sur les ressources spatiales etc.), prenant le pas sur les forums traditionnels multilatéraux comme le COPUOS. Traditionnellement, les démocrates semblent plutôt privilégier une approche multilatérale dans les affaires internationales, mais le contexte géopolitique actuel pourrait les en dissuader.

Enfin, sur le plan économique, les débats au sein du Congrès montrent des divergences dans le niveau de soutien au secteur privé du Spatial. Les Républicains favorisent largement l’essor de ce secteur à travers des initiatives de simplification des règlementations de l’accès à l’espace (avec la SPD-2 notamment) et le recours aux sociétés privées dans des programmes historiquement tenus par les agences fédérales comme la NASA et la NOAA (choix des Human Landing System d’Artemis, Transport humain dans l’Espace, etc.). Ces mêmes agences encouragent d’ailleurs de plus en plus l’indépendance et l’autonomie des sociétés privées commerciales dans leurs programmes, en affirmant souhaiter à plus ou moins long terme ne devenir que de simples « clients » de ces sociétés (derniers exemples en date : l’appel d’offre par la NASA le 10 septembre pour acheter des ressources lunaires sur place ou encore l’achat par la NOAA de données d’observations commerciales dans le cadre du programme Commercial Weather Data Pilot). De son côté, Joe Biden pourrait voir dans le spatial un moyen de soutenir l’emploi, mais une absence d’impulsion majeure du pouvoir exécutif pourrait fortement impacter le complexe spatio-industriel américain.

À noter que le National Space Council (NSpC), présidé par l’actuel vice-président Mike Pence, a eu un rôle déterminant dans la définition et la conduite de la politique spatiale américaine depuis quatre ans. Les cinq Space Policy Directives proposées par le NSpC et promulguées par Donald Trump ont réellement structuré cette politique et tracé les grands axes des programmes spatiaux. Le rôle et l’importance qui lui seraient accordés par Joe Biden s’il était élu seront donc déterminants.

Dans toutes ces considérations, le prochain Président ne pourra occulter la montée en puissance dans le domaine spatial de la Chine, et dans une moindre mesure de la Russie. Il devra prendre des décisions majeures qui ne vont pas seulement façonner l’exploration spatiale américaine mais également la supériorité technologique et économique des États-Unis.

7. Impacts potentiels sur l’organisation de la NASA

L’Administrateur actuel de la NASA, Jim Bridenstine, a su surmonter le scepticisme qui entourait sa nomination en avril 2018. Autrefois représentant républicain au Congrès, il s’est forgé une réputation d’homme de compromis. Sa décision de faire alunir un équipage féminin en 2024 et sa gestion parcimonieuse du retour sur la Lune lui valent désormais le soutien de certains démocrates au Congrès. Reconduire Bridenstine pourrait être un choix de continuité, voire de rassemblement.
Toutefois, l’ancien astronaute et Administrateur de la NASA sous les deux mandatures de Barack Obama, Charles Bolden, a estimé que Joe Biden écrirait l’Histoire en nommant une femme à la tête de l’agence. Ce dernier a également suggéré que le candidat démocrate devrait adopter pour la NASA l’approche de son ancienne Administratrice adjointe, Lori Garver. Cette dernière a proposé de transformer l’agence spatiale en agence contre le changement climatique, une stratégie plus séduisante pour les Démocrates que l’exploration habitée tous azimuts de la Lune et de Mars.
Que ce changement de paradigme intervienne ou non, Charles Bolden pense que le programme coûteux du Space Launch System sera de toutes façons abandonné lors du prochain mandat présidentiel, et ce quel que soit le prochain locataire de la Maison Blanche. En effet, il estime que les propositions du privé pour les lanceurs lourds sont pour certaines déjà mûres, et de manière générale beaucoup plus économes.

8. Autres enjeux

Bien que le « Spatial » aux États-Unis ait rimé pendant longtemps avec « NASA », les mesures prises par le Président Trump pendant son mandat ont mis en avant d’autres enjeux et d’autres agences en lien avec le domaine spatial. En effet, le volet militaire (U.S. Space Command, U.S. Space Force, Space Development Agency, etc.), le rôle croissant du Département du Commerce américain, les fonctions du National Space Council, les nouvelles implications du Département de l’Énergie, les questions de gestion du trafic en orbite, etc. sont des sujets dynamiques encore peu connus du grand public mais qui devront être abordés par les législateurs et le pouvoir exécutif lors des quatre prochaines années.

9. Conclusion

Bien qu’occulté par la crise sociale, sanitaire et économique liée à l’épidémie de COVID-19, le Spatial reste un sujet bipartisan. Quel que soit le résultat du scrutin du 3 novembre, on peut s’attendre à une continuité des programmes spatiaux majeurs même si les priorités, les budgets et les calendriers associés pourraient être revus.

Ces programmes pourraient tout de même être fortement impactés compte tenu :

  • Des retards certains sur le vote du budget fédéral 2021. Une « Continuing Resolution» vient d’être votée pour couvrir les dépenses fédérales a minima jusqu’au 11 décembre prochain, évitant de justesse un « shut down », mais ne permettant pas en principe de couvrir les nouveaux grands programmes intégrés à la requête budgétaire (comme le Human Landing System d’Artemis)
  • De l’incertitude croissante sur le déroulé du scrutin, avec une annonce du vainqueur qui pourrait tarder et être fortement perturbée. Selon l’issue, Donald Trump a annoncé à plusieurs reprises qu’il ne reconnaitrait pas le résultat, considérant le recours massif aux bulletins par courrier comme un risque majeur de fraude « orchestrée par les Démocrates ». Il pourrait faire appel à la Cour Suprême des États-Unis, tribunal de dernier ressort, pour invalider le scrutin. Dans ce contexte, la nomination express d’Amy Coney Barret par Donald Trump, trois jours après le décès de la juge Ruth Bader Ginsburg, cristallise toutes les tensions et devient avec le COVID-19 un sujet majeur de la campagne présidentielle de 2020

Sources